Comment expliquer le terrorisme à mes enfants ?

Le terrorisme, c’est quoi quand on est un enfant ?

On ne sait plus trop si on en a vraiment envie de ce monde d’après !!!

La covid19 qui n’en finit pas ; et aujourd’hui, alors qu’on pourrait avoir besoin de bonne nouvelle, on retombe dans les abimes du terrorisme. En plein procès des attentats du Charlie Hebdo, l’horreur revient au présent dans notre quotidien. Et nous voilà, une fois de plus dans la consternation que la violence déplace sur son passage. Comment expliquer à nos enfants cette situation choquante où un enseignant se fait décapiter d’avoir prôné le droit à la pensée différente ?

Depuis, ce sont les adultes qui prennent des mines sévères, les discussions et la télé qui s’éteignent lorsqu’on arrive dans la pièce, des regards en coin et la certitude qu’on nous cache quelque chose.

En plus, on est en vacances et pas moyen d’entendre ce qu’a à dire Paul (Ophélie/Marie/Youssef/Basile) à l’école, il sait toujours toutes les choses des grands !!

On peut être tenté d’éviter le sujet avec les plus petits, mais les enfants parlent entre eux dans les cours de l’école et surtout ce sont de véritables éponges émotionnelles. Ils vous entendent, ressentent votre confusion/votre colère et de fait, sont au courant que quelque chose ne tourne pas rond. Concrètement ils ont alors juste besoin de savoir que vous êtes là pour les protéger eux et leurs maitres(esses) des méchants et qu’il est permis d’avoir peur. Votre travail de parents en cette période trouble est de contrebalancer le choc des images et des mots qu’il/elle aurait vus et/ou entendus, et bien entendu de répondre aux questions (aussi nombreuses soient-elles) et de les rassurer. Finalement de faire office de zone tampon entre lui/elle et la réalité… Oui, sur ce principe on reste dans un rôle bien connu. Au moins ça…

Répondre aux questions de vos enfants est une phase primordiale. Vous vous placez ainsi en tant que référent, et il peut alors s’appuyer sur vous. Concrètement qui a envie de dire à ses bouts de chou qu’il y a des gens assez mal pour en venir à l’idée de littéralement couper la tête d’un professeur ?

 

 

Ceci étant, attention à vos réponses ! Si vous mentez, il y a de fortes chances qu’ils s’en rendent compte lorsqu’ils confronteront vos réponses avec celles des copains… Vous avez peut-être le temps des vacances, mais à la rentrée la temporalité de la vie de tous les jours reprend ses droits, ainsi que les discussions de cours d’école ! Et sachez que si votre parole est mise en doute, elle risque de l’être aussi lorsque vous essayerez de les rassurer. Soyons clairs, l’idée n’est pas de leur décrire le carnage du terrorisme, et la technique de la mort par décapitation, mais d’adapter votre discours en fonction de l’âge et de la maturité de votre enfant. Même un tout petit est capable de comprendre que des terroristes/méchants ont fait du mal aux gens. La figure du méchant n’est pas une inconnue pour les enfants : la sorcière, le loup, le monstre… Ils sont très présents dans leurs imaginaires et les aident à comprendre la notion du bien et du mal, ainsi qu’à apprendre à gérer leurs émotions. Ce n’est évidemment pas un enseignement facile, et ils ont besoin de vous pour que d’un apprentissage on ne tombe pas dans la peur panique voire la phobie.

Si comme tout parent, vous avez droit à la question : 

 

« Il est mort ? Pourquoi il a lui coupé la tête ? »

On tombe de facto dans la même problématique qu’évoquée précédemment où vous risquez d’être pris en flagrant délit de mensonge. À 4 ans, le « C’était pour ne pas t’inquiéter » risque de ne pas être compris à sa juste valeur, d’autant plus que chez l’enfant la notion de « mort » est multiple et évolutive. D’une complète indifférence avant 2 ans, on arrive à l’apparition d’angoisse existentielle qui suppose la crainte de la perte réelle vers l’âge de 11 ans. Entre les deux, de nombreuses phases, où perception mythique de la mort côtoient les représentations concrètes telles que le squelette, le cimetière… Le tout soumis à d’autres facteurs tels que la façon qu’à l’adulte de parler de la mort à l’enfant, le contexte social et culturel, les expériences personnelles et familiales….

Donc au final, après analyse fine du contexte, de l’âge et de la sensibilité de votre enfant, j’aurai tendance à dire qu’on peut répondre par l’affirmative à cette question. Par contre hors de question de lâcher un « oui » et de le laisser se débrouiller tout seul avec ça.  À nous de poser les questions, de lui demander s’il a peur (c’est normal d’avoir peur) et s’il a d’autres questions. En finissant cette discussion, il est important que votre enfant sache que si d’autres questions lui viennent plus tard, il peut revenir vous voir pour les poser. Une fois la parole libérée, cela évitera à votre enfant de rester avec ses questions sans réponses, qui ne manqueront de nourrir son angoisse.

D’un autre côté, il est tout aussi important de préciser le caractère extraordinaire de cette violence, de rappeler les limites qu’elle a transgressées et les conséquences que cela implique. Non, pas pour faire un cours d’éducation civique, mais pour faire passer le message que les limites sont là pour permettre de vivre en société. Et que l’on constate que lorsque celles-ci sont transgressées, cela peut mettre à mal toute une société.

De votre côté, vous avez envie/besoin de regarder les infos, très bien ! Mais il est aussi important de faire en sorte que vos tout jeunes enfants ne soient pas devant le poste à ce moment-là et c’est clairement aussi le moment (si vos trop jeunes enfants ont des comptes sur les réseaux sociaux) de vérifier que leurs réseaux sociaux ne contiennent pas de contenu inapproprié.  Il est important de (ré)investir le temps numérique de nos enfants, de partager cette activité et de les accompagner au mieux. L’internet n’est pas qu’un jeu, cela peut être un formidable outil d’information, mais qui aujourd’hui est complètement infecté par une multitude de fake news qu’il est parfois difficile de discerner. C’est d’autant plus vrai lorsqu’il y a des enfants et des adolescents derrière l’écran. Aujourd’hui ces fausses rumeurs s’invitent au-delà des sites dits d’informations, elles utilisent les réseaux sociaux pour se diffuser et devenir « virale ».. Au point que là aussi, on en ait perdu la chaine de transmission. Sur internet, il est facile de construire un décor idyllique à une idéologie pathogène…

 

 

Pour les plus grands, le besoin de réassurance se conjuguera avec le besoin de comprendre.   Là aussi il est important de faire passer le message que le sujet n’est pas tabou et que vous êtes là pour répondre à leurs interrogations. Ils vont entendre beaucoup de choses à l’école, certaines seront vrais et cohérentes d’autres le seront beaucoup moins. Il faut qu’il puisse revenir vers vous.

Voici quelques pistes pour vos ados curieux de ce que devient leur monde :

C’est quoi le terrorisme ?

Il n’y a pas de consensus à l’heure actuelle parmi les spécialistes sur une définition unique du terrorisme. Cependant on s’accorde sur le fait que le phénomène n’est pas nouveau et qu’il a la capacité de recouvrir des réalités diverses selon ceux qui le mènent, leurs objectifs et le point de vue dans lequel on se place. Le terroriste de l’un peut être le résistant de l’autre. C’est comme ça que l’on peut avoir un détournement d’avion, une attaque au couteau au hasard dans la rue ou une attaque ciblée. La constance est un usage d’actes de violence en vue de créer un climat d’insécurité. Du latin « terror » = terreur, le but est de faire peur. Le terrorisme est aujourd’hui identifié comme la menace princeps pesant sur la sécurité des pays occidentaux.

Pourquoi faire des attentats ?

Les attentats qui secouent nos sociétés aujourd’hui à travers le monde sont véhiculés par la haine, rancœur et l’incompréhension que nous avons les uns des autres. Pour ne pas nous faire nous-mêmes les relais de cette déferlante de ressentiment et de vengeance, essayons de comprendre et d’expliquer.

Fragilisés par la difficulté d’intégration ou à se reconnaître dans les valeurs que la société occidentale véhicule aujourd’hui, certaines personnes se sont laissé convaincre qu’il existait un « monde meilleur » où ils seraient enfin reconnus à leurs justes valeurs… être utile, ou même être quelqu’un tout simplement. En utilisant cette fragilité, il devient alors « aisé » pour les groupes terroristes de modeler les esprits et de les mener à participer à la construction de « ce monde meilleur » … qui passe entre autres par l’organisation d’attentats pour dénoncer les « erreurs » de l’organisme/pays/société ciblée.

Al Qaïda, ou même Daesh trouvent leurs origines dans la résistance aux puissances étrangères envahissant certains pays d’Orient et du Moyen-Orient. La Russie en Afghanistan dans les 90, et l’Irak en 2003 avec la coalition USA/UK/Australie alors à la recherche d’armes de destruction massive inexistante. (Mais ça, c’est une autre histoire… enfin presque une autre histoire).

 

Dès 2003, les conditions de captivités et les humiliations subies par les prisonniers irakiens par les forces de la coalition ont transformé les centres de détentions en véritable pouponnière de ce que deviendra Daesh, en fusionnant à l’occasion avec la branche irakienne d’Al Qaïda (elle aussi détenu dans les mêmes prisons).  L’histoire regorge d’exemple où l’humiliation a suscité des émotions au point de diriger l’action des hommes, parfois en réaction immédiate, parfois sur plusieurs générations voire des siècles. C’est ce que l’on appelle la géopolitique des émotions et qui façonne notre monde à travers la peur, la vengeance, mais aussi l’espoir. (Si ça vous intéresse, je vous conseille vivement « La géopolitique de l’émotion » de Dominique Moïsi)

En ce qui concerne le terrorisme perpétré en Occident, on se retrouve face à des personnes qui ont développé une pensée où la France/l’Occident est présenté comme leur ennemi. Ils confondent alors la laïcité avec un sentiment antireligieux qu’ils prennent comme une attaque personnelle pour leurs valeurs et leurs convictions. D’autre part la tension ressentie vis-à-vis des signes religieux et de caricatures religieuses a pu cristalliser les croyances déjà affectées par certains épisodes de notre histoire (passé et plus récente). Les attentats ont alors pour but de porter atteinte aux idéaux sociétaux de l’Occident/France, d’ébranler la société ainsi que les valeurs qu’elles portent, afin de laver l’offense ressentie dans leur identité et leur honneur.

À savoir tout de même, malgré le ressenti d’une suite incessante d’attentat en Europe que seulement 5% des attaques terroristes se passent dans les « pays non en guerre » parmi lesquels on compte l’Occident. Le dernier rapport « Global Terrorism index 2019 » de Institute for economics & peace estime qu’entre 2002 et 2018 l’Asie du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et le Sahel comptabilisent plus de 93% des décès attribuables au terrorisme. Les dix pays aujourd’hui les plus impactés par le terrorisme sont par ordre décroissant : Afghanistan, Irak, Nigeria, Syrie, Pakistan, Somalie, Inde, Yémen, Philippines, et la République Démocratique du Congo.

Pour permettre de se faire une petite idée ; en 2018, l’Afghanistan a connu 1443 attentats, entrainant la mort de 7379 personnes et 6514 blessés. Des pays où non content de transformer l’horreur de l’attentat en quasi-banalité, le terrorisme cible les centres de santé dans le but encore une fois de toucher en plein cœur. Comment tuer l’espoir de manière plus radicale que d’éliminer la possibilité du soin alors qu’on vient déjà de se faire blesser par un attentat en ville ?

En abolissant la frontière entre le civil et le militaire, le terrorisme transforme le monde entier en cible potentielle, ce qui alimente le sentiment d’insécurité et de peur au sein de la société civile. C’est parce qu’il peut arriver n’importe quand et n’importe où (lors d’une virée shoping sur les champs Élysée, lors d’un concert ou même à la sortie d’une école) que le terrorisme provoque autant de peur. Une peur qui reste disproportionnée face à la réalité objective de la menace. Mais c’est tout là le pouvoir du terrorisme d’aujourd’hui, cibler la peur et nous toucher en plein cœur : nos enfants, nos loisirs, notre liberté.

Qu’est-ce qu’on fait ??

Une réponse militaire, bombardement et représailles… c’est très tentant avouons le, surtout lorsqu’on est sous le choc de cette extrême émotion, de la colère et de l’incompréhension parfois.  Cependant « œil pour œil, dent pour dent » c’est déjà une politique qui nous a menées jusqu’à notre problématique actuelle…

A-t-on vraiment envie de continuer l’escalade de la violence et de la colère ? On a aujourd’hui besoin d’une solution politique sur le terrain. Ici et là-bas, mais on a surtout besoin de ne pas laisser ce sujet aux seules mains de nos dirigeants. Le terrorisme attaque la société civile, c’est à la société civile de construire sa réponse et sa parade. Demandons nous si ces jeunes et moins jeunes qui se sentent rejetés ou ne se reconnaissent plus dans notre société (qu’ils s’appellent Khaled, Coralie ou Thomas, qu’ils soient issus de la seconde génération de migrant ou d’une lignée 100% auvergnate) … est-ce que ça ne serait pas à nous (la société civile) de les réapprivoiser et de leur donner leur chance ici, pour qu’ils n’aient pas la tentation d’aller la chercher là-bas ?

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