La canicule en ville, une tragédie en plusieurs actes

La canicule : mode d'emploi

En 2003, nous pouvions prétendre à la naïveté, mais en 2022 nous sommes rompus à l’exercice. Pour continuer à apprécier l’été, il va nous falloir nous adapter à la canicule… Comme chacun le sait, nous ne pouvons pas nous adapter. 40°c c’est difficile à supporter et cela le sera toujours l’année prochaine ! Par contre, on se doit d’adapter nos lieux de vie et surtout nos villes… dès aujourd’hui. 
Mais pour ce soir et en cette période caniculaire (la seconde de l’année, détail à ne pas faire semblant de ne pas voir), ces gestes basiques (d’ici et maintenant) restent essentiels : 

  • S’hydrater beaucoup (esquiver la déshydratation),
  • éviter l’alcoolisation (ça déshydrate),
  • manger suffisamment (surtout des légumes et fruits de saison. C’est plein d’eau, c’est frais et on évite l’écueil du trop gras/trop sucré à éviter pour notre corps en surchauffe). 
  • Bien sûr on limite l’activité physique pendant les heures plus chaudes (c’est pas le moment de construire la cabane des enfants au fond du jardin) si possible (certains n’ont pas cette chance : en 2020 sante publique France a comptabilisé 12 « accidents du travail mortels » en lien possible avec la chaleur).
    • Rafraichir la maison… aérer le matin (le moment le plus frais de la journée est théoriquement la demi-heure après le lever du soleil : donc 6h30, oui c’est un peu tôt) et maintenir la fraicheur de la maison pendant la journée en fermant volets et fenêtres.
    • On peut également choisir de vieux draps de coton épais qui restent frais en été, dormir au doux son du ventilo/clim et avoir un torticolis le lendemain…  

    Mais finalement ? Non, nous n’avons pas oublié que c’est la seconde canicule de l’année… en 2020.
    Nous avons connu 3 vagues de chaleur, en 2019 niveau historique de 46°C sous abris pres de Montpellier, 2018, 2015, en 2006 la méditerranée atteignait 30°c à Marseille… et bien sûr 2003.
    En somme ce que l’on nous avait vendu comme « séculaire » au début du siècle a une fâcheuse tendance à devenir une habitude annuelle. C’est le principe du changement climatique qui nous promet (on le constate déjà) une augmentation des fréquence des épisodes météorologiques extrême, comme les vagues de chaleurs… Mais pas que. Pour une petite idée de l’impact de changement climatique sur notre santé, je vous renvois à ce petit condensé sur le sujet. Oui ça date de 2016, mais je vous assure que c’est toujours drastiquement d’actualité : 

     

    Bon parce qu’au milieu de tout ça notre santé mentale, je pense que vous vous en êtes rendu compte tout seul, la canicule… elle n’aime pas. La canicule fatigue, ajoute une contrainte (qui challenge nos limites physiologiques) et non des moindres, sur notre quotidien déjà surchargé.
    Elle rend irritable (certaines études montrent un comportement plus violent lors des épisodes de chaleurs… Génial !) et nous enferme de nouveau dans un « ici et maintenant » insupportable… un écho de nos confinements finalement pas si lointain dont nous n’avions clairement pas besoin).
    le tout combiné à une éco-anxiété grandissante dont on ne sait plus ignorer l’alarme aigue et continue. Bref le cocktail idéal pour réactiver angoisses et décompenser d’autres syndromes… tel que trouble de l’humeur, automutilation, psychose ou (re)plonger dans la tentation à certaines addictions. Oui la santé mentale, personne n’en parle, mais elle a pourtant un impact majeur qu’il va falloir apprendre à anticiper. 

     

    Nos lieux de vie face au changement climatique

    Pour anticiper, la meilleure méthode c’est la prévention : Eviter la situation problématique donc.  En ce qui concerne les canicules, comment éviter la situation ?
    On a bien sûr l’option travaillant à la 
    réduction de nos gaz à effets de serre, cela aidera pour les canicules suivantes suivantes suivantes, mais dans le ici et maintenant j’ai peur que ça ne nous aide pas. On se tourne alors vers l’adaptation.
    Parce que c’est bien gentil le coup du verre d’eau et du ventilo, mais est-ce bien raisonnable de s’en contenter ?
    Qu’a-t-on fait évoluer en vingt ans ? Comment avons-nous adapté nos habitats et nos villes ? Il est vrai que la canicule s’invite partout sur le territoire, mais elle est particulièrement aidée par le phénomène d’« ilot de chaleur » qui emprisonne les zones urbaines. Tout simplement par le phénomène d’absorption des radiations solaires par les matériaux…sombre bien souvent. On le sait, les couleurs sombres captent plus la chaleur. Les toits de paris en zinc gris, si beaux que certains veulent les faire classer patrimoine mondial chauffent à 89°c en plein soleil un jour d’été.  Le bitume de nos routes, parking, de nos trottoirs, de nos cours d’école (pas encore transformé en cour oasis…) absorbe une chaleur qui nous est restituée par la suite. Une chaleur qui s’accumule jour après jour et qui s’additionne au « petit » degré supplémentaire dut à l’utilisation massive des climatiseurs (pour ceux qui en ont)… aggravant les inégalités sociales, cette fois devant « l’accès à la fraicheur ». (Le véritable challenge du XXI°s au milieu d’une multitude d’autres, pourtant déjà primordiaux, est l’inégalité sociale qui s’invite dans chacun d’entre eux, en les aggravants d’autant plus)

    Le vert à la rescousse

    Pour limiter cette chaleur, on appelle la végétalisation à la rescousse. Dans nos habitats, et dans nos villes. On pense souvent à la ville, mais 68% d’entre nous habitent une maison individuelle. Et déjà, on peut penser à comment adapter notre maison aux prochaines canicules. La végétalisation des façades par une glycine, vigne vierge, du houblon… au choix va permettre une interception, absorption et réflexion d’une partie du rayonnement solaire par le feuillage. On y gagne donc en confort thermique et confort sonore. Oui ça atténue les sources de bruit…  on touche à l’enjeu princeps de l’adaptation de notre habitat à la chaleur : on est doublement gagnant.  (On y reviendra plus tard). Cependant, si ce n’est le houblon qui a une croissance exponentielle, végétaliser sa façade la plus exposée, cela s’anticipe. Et pourquoi pas maintenant ? Certains diront qu’il ne faut pas « abimer » la façade… Les plantes grimpantes abiment les vieux enduits sur les vieilles façades, bref des murs déjà abimés en somme. Et si on veut vraiment garder sa façade abimée telle quelle on peut toujours tirer des treillis métalliques pour faire courir une clématite et qui ne touchera donc pas la façade, mais vous offrira son ombrage dés l’été 2024. Ca tombe bien, on ne part pas l’été 2024, ce sont les JO.

    Pour nous autres citadins, on peut faire de même sur nos façades d’immeuble. Oui on peut végétaliser des façades d’immeuble. (Petite balade dans votre moteur de recherche s’impose : « façade immeuble végétalisée Paris » histoire de s’inspirer) Donc on ne loupe pas la prochaine réunion du syndicat et on milite pour du vert ! Ça rafraichira tout le monde et ça donne le sourire (in fine). Même combat pour les cours d’immeuble, où arbres et autres choses vertes à chlorophylles peuvent prospérer.

    C’est là où l’on revient sur le côté transversal, la végétalisation de la ville, ça joue sur la biodiversité, la fraicheur, l’environnement sonore, l’esthétique, le moral des citadins… On gagne sur tous les tableaux. Et lutter contre la canicule c’est une lutte qu’il faut mener en coordination avec la lutte contre la pollution de l’air puisque la végétalisation nous aide dans ces deux combats

    Réintroduire la nature autour de soi

    Un arbre va utiliser l’énergie solaire, non pas en nous la restituant telle quelle, mais en fabriquant de la matière verte qui par le mécanisme d’évapotranspiration va rejeter de la vapeur d’eau dans l’atmosphère. C’est pourquoi la foret (tropicale) génère la pluie… Donc en détruisant la forêt, on diminue les pluies… en diminuant les pluies on réduit les chances de voir repousser la forêt… et ainsi de suite… Sans vouloir prétendre transformer Paris en jungle (ça l’est déjà par ailleurs), la végétalisation de celle-ci est hautement nécessaire. Aussi nécessaire que le fut en son temps la réorganisation de la ville par le baron Haussman. C’est pourquoi la végétalisation de la capitale si elle doit être efficace (il le faut), ne doit pas se limiter a 170 000 arbres (qui représente 5 ha sur les 10 500 de la ville), mais transcender le temps politique et s’inscrire dans la durée. Nous citoyens, sommes le fil d’Ariane de ce besoin de transformation de la ville. Au-delà des mandats, au-delà des conflits politiques. Pour changer le monde, il faut commencer par à côté de chez soi. Son balcon, sa fenêtre, la cour de l’immeuble, peindre en clair l’allée piétonne, piétonniser la rue en bas de l’immeuble (j’ai une requête spéciale pour la rue d’Alençon d’ailleurs), proposer des idées au budget participatif de la ville (demander à votre ville de faire un budget participatif), s’investir dans les associations de quartier… l’éventail des possibles est immense in fine.

    Penser une architecture et un urbanisme sanitaire. Utiliser les spécificités de chaque ville pour en faire un atout. Nous n’avons pas besoin de centre-ville similaire à Londres, Paris, Sydney ou Pretoria, nous avons besoin de ville qui renoue avec leurs identités propres sans tomber dans l’écueil de la ville musée. 

    Paris, est une des capitale les plus denses et doit se doter d’une politique d’incitation à la végétalisation des façades pour trouver de la surface à verdir dans la ville. Optimiser son sous-sol de carrière où l’on peut mettre en place des climatisations naturelle du bâtis par le biais de puits provençaux. Et cette petite ceinture on la valorise un jour ?

    En somme, cesser de vivre dans une ville pathogène, rendre la ville agréable, reprendre la ville à l’automobile qui nous l’a volé il y a quelques décennies déjà.
    En récupérant l’espace public vampirisé par l’automobile, on peut réimperméabiliser les sols, accélérer la végétalisation, améliorer la vie de quartier, créer une ambiance village, lutter contre l’isolement social, contre la pollution de l’air, contre la canicule et contre le coup du verre d’eau et du ventilo…

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