Interdire les réseaux sociaux avant 15 ans, très bien. Mais après ?
Que fait-on d’un adolescent de 13 ans qui a déjà Snapchat depuis deux ans ? Comment poser une limite sans transformer la maison en commissariat ? Comment lui demander de quitter les réseaux si ses amis y sont tous ? Et surtout : où voulons-nous qu’il aille, une fois qu’il a posé son téléphone ?
C’est là que le débat devient intéressant.
Parce que cette interdiction ne parle pas seulement de TikTok, Instagram ou Snapchat. Elle parle de sommeil, de santé mentale, de comparaison sociale, de pression du groupe, de parentalité, mais aussi de notre manière de faire société avec les adolescents.
En tant que pédopsychiatre, je pense que cette limite est pertinente.
Pas parce que les réseaux sociaux seraient responsables de tous les maux de l’adolescence. Pas parce qu’il faudrait revenir à une enfance sans Internet. Et pas davantage parce qu’un adolescent qui utilise TikTok serait automatiquement condamné à devenir anxieux ou dépressif.
La réalité est beaucoup plus nuancée.
Mais nous avons laissé entrer très tôt dans la vie des enfants des outils extrêmement puissants, conçus pour attirer leur attention, provoquer la comparaison, solliciter la récompense sociale et leur donner envie de revenir.
À un âge où le regard des autres compte énormément.
Et surtout, nous avons longtemps demandé aux parents de gérer seuls cette contradiction : protéger leur enfant tout en sachant que toute sa classe est déjà connectée.
Cette interdiction change donc quelque chose d’important : elle crée enfin une norme collective. Mais elle ne suffira pas.
Dans cet article, je voudrais regarder ce qu’elle peut réellement apporter, ce qu’elle ne réglera pas, comment l’appliquer lorsque les adolescents utilisent déjà les réseaux sociaux, pourquoi les adultes devront eux aussi revoir leurs habitudes — et pourquoi sortir les jeunes du numérique suppose aussi de leur redonner une place dans le monde réel.
Car on ne peut pas leur dire « lâchez vos téléphones » tout en leur laissant des villes où il n’y a plus vraiment d’endroits où traîner, se retrouver, s’ennuyer, rêver ou simplement être adolescents.
À 13 ans, le regard des autres compte. Beaucoup.
L’adolescence est une période particulière :
On cherche qui l’on est. On se détache progressivement de ses parents. Le groupe des pairs prend une place considérable. L’estime de soi se construit encore et le sentiment d’appartenance devient essentiel.
Dire à un adolescent : « Ne t’occupe pas de ce que pensent les autres » est donc la certitude d’être à côté de la plaque en tant que parents…
Parce qu’à cet âge bien evidement que l’avis des autres compte énormément.!
Or les réseaux sociaux ont transformé une partie de cette reconnaissance sociale en données mesurables :
Combien de likes ? Combien de vues ? Pourquoi elle lui a répondu à lui et pas à moi ? Pourquoi cette photo marche mieux que l’autre ? Pourquoi tout le monde semble plus beau, plus heureux ou plus intéressant que moi ?… (merveilleux !!)
La comparaison sociale n’est évidemment pas née avec Instagram. Les adolescents se comparaient bien avant le smartphone. Mais elle est devenue permanente, quantifiée et disponible dans la poche 24 heures sur 24. Et c’est bien ça le problème !!
C’est particulièrement important chez les jeunes déjà fragiles : mauvaise estime de soi, anxiété, dépression, troubles alimentaires, difficultés relationnelles, harcèlement.
Le rapport « Enfants et écrans – À la recherche du temps perdu » insiste justement sur cette nuance : les réseaux sociaux ne provoquent pas mécaniquement anxiété ou dépression chez tous les adolescents, mais ils peuvent représenter un facteur de risque supplémentaire chez certains jeunes vulnérables.
Cette prudence scientifique est importante.
Mais elle ne signifie pas qu’il faille attendre de disposer d’une équation parfaite reliant chaque minute de TikTok à chaque symptôme dépressif avant d’agir. Pour les curieux, on peut lire le full report ici :
Le problème n’est pas seulement ce qu’on regarde, mais la manière dont l’outil est conçu
Prenons un adolescent de 13 ans.
Donnons-lui un fil qui ne se termine jamais, des vidéos qui démarrent automatiquement, des notifications, des recommandations personnalisées, des likes et un algorithme qui apprend progressivement ce qui retient le mieux son attention.
Puis disons-lui :
« Il suffit de savoir s’arrêter. »
C’est une conception assez optimiste ou naïve (ou les deux) de la prévention.
Nous, adultes, avons déjà parfois beaucoup de mal à refermer Instagram alors que nous avions pris notre téléphone « juste pour vérifier un message ».
Il est donc un peu étrange d’exiger davantage d’un collégien.
C’est aussi pourquoi parler uniquement de « temps d’écran » est insuffisant.
Deux heures passées à discuter avec ses cousins, créer une vidéo, regarder un documentaire ou faire défiler compulsivement des contenus anxiogènes ne correspondent évidemment pas à la même expérience.
La vraie question est : qu’est-ce que l’adolescent fait sur son écran, qu’est-ce qu’on lui montre, comment cherche-t-on à retenir son attention et surtout qu’est-ce que cet usage vient remplacer ?
Et très souvent, il remplace quelque chose dont les adolescents ont énormément besoin.
Le premier sacrifié, c’est souvent le sommeil
Il n’existe pas vraiment de fin naturelle à un réseau social.
Il y aura toujours une nouvelle vidéo, un message, une story, une conversation qui continue, quelque chose qui s’est passé dans le groupe pendant qu’on n’était pas là.
Or à l’adolescence, le sommeil n’est pas une variable d’ajustement.
Il intervient dans la mémoire, les apprentissages, la régulation émotionnelle, l’attention et la santé mentale. Un adolescent qui dort chroniquement trop peu devient plus irritable, plus vulnérable au stress et régule moins bien ses émotions.
Dans une enquête citée dans le rapport de 2024, 31 % des 11-18 ans déclaraient rester éveillés ou se réveiller la nuit pour leurs usages numériques.
En consultation, il arrive donc que l’on explore longuement l’irritabilité, l’anxiété et les difficultés de concentration avant de découvrir qu’un smartphone dort depuis six mois à vingt centimètres de l’oreiller.
Il existe alors une mesure thérapeutique extraordinairement sophistiquée :
faire dormir le téléphone ailleurs… Dans le salon, la cuisine, voire la chambre des parents (pour ne pas le voir migrer pendant la nuit…)
Si on veut en savoir plus sur le sommeil c’est par là :
La cour de récréation est désormais entrée dans la chambre
Les adolescents ont toujours connu les amitiés compliquées, les disputes, les rivalités, les humiliations et parfois le harcèlement.
Mais il existait autrefois une frontière assez simple : on rentrait chez soi.
Aujourd’hui, le groupe rentre avec vous.
Dans le bus, dans la cuisine, dans la chambre et jusque sous la couette.
C’est l’un des aspects les plus difficiles du cyberharcèlement : l’absence de répit.
Une photographie humiliante peut être diffusée en quelques minutes. Une dispute peut continuer toute la nuit. Une exclusion sociale peut devenir visible publiquement et commentée collectivement.
Le smartphone a fait entrer la cour de récréation dans la chambre.
Et il est devenu beaucoup plus difficile d’en fermer la porte.
Il y a aussi tout ce qu’un adolescent n’a jamais demandé à voir
Dans l’environnement numérique actuel, il n’est plus nécessaire de chercher un contenu pour tomber dessus :
Pornographie, violence, automutilation, troubles alimentaires, discours haineux, misogynie, images de guerre… le contenu vient à nous. (Merci les algorithmes)
L’algorithme observe ce qui retient l’attention, puis propose quelque chose d’approchant.
Lorsqu’un adolescent fragile s’arrête sur plusieurs contenus autour de l’anorexie, de l’automutilation ou du désespoir, le système ne se demande évidemment pas :
« Est-ce bon pour sa santé mentale ? »
Il se demande :
« Est-ce que cela augmente son engagement ? »
L’algorithme n’est pas malveillant.
Il n’est juste pas programmé pour prendre en compte les impacts psy.
Pourquoi 15 ans ?
Évidemment, rien de mystérieux ne se passe dans le cerveau à minuit le jour du quinzième anniversaire.
Toute limite d’âge comporte une part d’arbitraire.
Mais toute l’éducation d’un enfant consiste justement à organiser une autonomie progressive.
On apprend progressivement à traverser seul, à prendre les transports, à gérer de l’argent, à sortir sans ses parents, à prendre des décisions.
Pourquoi l’autonomie numérique serait-elle le seul domaine dans lequel nous considérerions qu’il suffit de remettre un smartphone connecté à un enfant pour qu’il sache immédiatement se débrouiller ?
Le bon objectif n’est donc pas :
« pas de réseaux sociaux avant 15 ans, puis bonne chance »
Les années précédentes doivent servir à apprendre :
– Comprendre ce qu’est un algorithme.
– Reconnaître une publicité déguisée.
– Savoir bloquer quelqu’un.
– Protéger ses données.
– Ne pas envoyer une photographie intime sous pression.
– Identifier un contenu qui cherche à manipuler.
Et surtout savoir vers quel adulte se tourner lorsque quelque chose dérape.Retarder l’accès doit permettre de préparer l’autonomie, pas d’organiser l’ignorance.
Une règle collective qui aide enfin les parents
C’est probablement l’un des principaux intérêts de cette interdiction.
Aujourd’hui, un parent qui refuse TikTok à son enfant de 12 ans ne fait pas seulement face à son enfant.
Il fait face à toute la classe :
Et parfois, effectivement, presque tout le monde l’a… (dépit)
Refuser devient alors extrêmement difficile parce que les réseaux sociaux sont aussi des lieux de sociabilité. Les parents peuvent légitimement craindre que leur enfant soit exclu d’une partie des conversations ou de la vie du groupe.
Une règle collective modifie le rapport de force.
Le parent n’a plus à dire :
« Moi, j’ai décidé que tu n’aurais pas Instagram. »
Il peut répondre :
Cela paraît modeste… En pratique, c’est énorme.
Une politique de prévention efficace ne consiste pas uniquement à donner de bonnes recommandations aux familles. Elle doit aussi rendre les comportements protecteurs plus faciles à adopter. Et cela ne signifie pas transformer les parents en police des frontières numériques.
L’objectif n’est pas de fouiller tous les soirs les messages, les photos et les conversations de son adolescent.
Un adolescent a besoin d’intimité.! Ce dont nous avons besoin, c’est qu’il puisse venir dire :
breaking news : les adultes vont devoir poser leur téléphone aussi
Il est difficile d’expliquer à un adolescent qu’il doit réduire son téléphone pendant que nous regardons le nôtre.
Nous avons énormément parlé du « temps d’écran des enfants ».
Curieusement, beaucoup moins du nôtre.
Un enfant qui raconte sa journée pendant que son parent répond à un mail apprend quelque chose.
Un adolescent qui voit un adulte interrompre chaque conversation dès qu’une notification apparaît apprend quelque chose.
Un dîner pendant lequel quatre téléphones sont posés sur la table raconte également quelque chose de notre rapport au numérique.
Il ne s’agit pas de vivre à la bougie ni de transformer chaque soirée familiale en retraite monastique.
Mais quelques règles simples ont du sens : des repas sans téléphone, des moments réellement disponibles, des chambres sans smartphone la nuit.
Donner l’exemple reste probablement l’un des contrôles parentaux les plus efficaces.
Il faut surtout rendre le monde réel désirable
C’est là que le débat devient beaucoup plus intéressant.
Que fait un adolescent lorsqu’il passe moins de temps sur les réseaux sociaux ?
Idéalement, il retrouve ses amis. Il marche, il fait du sport, il discute, il se retrouve sur un banc, il traîne un peu.Bref, il vit son adolescence.
Mais encore faut-il qu’il puisse le faire.
Nous avons parfois une étrange contradiction collective. Nous nous inquiétons de voir les adolescents enfermés dans leur chambre devant leur téléphone. Puis on s’enflamme lorsqu’ils sont cinq dehors sur un banc. Nous leur disons :
Puis :
» Ne restez pas là. »
« Ne faites pas de bruit. »
« Ne traînez pas devant l’immeuble. »
On ne peut pas sérieusement vouloir faire reculer la place du numérique sans se demander : quelle place physique nous accordons aux adolescents dans la société.
Faire des villes à hauteur d’enfants… et d’adolescents
La santé des jeunes se joue aussi dans l’urbanisme.
Une ville largement occupée par la circulation automobile, le stationnement et les déplacements rapides est une ville dans laquelle les enfants et les adolescents disposent finalement de peu d’espace pour acquérir leur autonomie.
Limiter la circulation automobile lorsque cela est possible, sécuriser les déplacements à pied et à vélo, créer des rues apaisées, des parcs, des terrains de sport accessibles, des points d’eau, de l’ombre, des places et simplement des bancs : tout cela peut sembler assez éloigné du débat sur TikTok.
Ça ne l’est pas ! Parce que l’alternative aux réseaux sociaux n’est pas le vide. L’alternative, c’est la vie sociale réelle. Et celle-ci a besoin d’un espace.
Nous parlons de plus en plus de villes « à hauteur d’enfant ». Il faut aller plus loin et penser également « la ville à hauteur d’adolescent » : une ville dans laquelle on peut progressivement se déplacer sans ses parents, rejoindre ses amis, s’asseoir quelque part et occuper l’espace public sans avoir nécessairement besoin de consommer.
Il faut aussi changer notre regard. Des adolescents présents dans l’espace public ne sont pas automatiquement le signe d’un problème ou d’une dégradation du quartier.
Bien souvent, ils sont exactement le contraire.
Ils sont le signe d’un quartier vivant, d’un espace dans lequel plusieurs générations existent, d’une ville où les jeunes peuvent encore se rencontrer ailleurs que sur une plateforme.
Une société dans laquelle les adolescents ne sont pleinement acceptés qu’à l’école, chez eux ou dans une activité encadrée ne peut pas ensuite s’étonner qu’ils investissent massivement les espaces numériques.Et si mon ado a déjà Instagram, Snapchat ou TikTok ?
C’est probablement la partie la plus compliquée de cette interdiction.
Pour un enfant qui n’a jamais eu de réseau social, la règle est relativement simple : on retarde l’entrée.
Pour un adolescent qui utilise Snapchat depuis deux ans, c’est une autre histoire.
Supprimer son compte ne signifie pas seulement retirer une application.
Cela peut vouloir dire quitter le groupe où s’organisent les sorties, perdre certaines conversations, certains codes partagés, voire une partie importante de sa vie sociale.
La réponse :
« La règle change. Donne-moi ton téléphone. »
produira probablement beaucoup de colère…. Et éventuellement un nouveau compte clandestin quelques jours plus tard.
L’objectif n’est pas de gagner une bataille contre son adolescent. L’objectif est de l’aider à modifier un usage.
Il faut donc commencer par reconnaître que ce qu’on lui demande n’est pas anodin.
On peut lui dire :
« Je sais que tu t’en sers pour parler avec tes amis et que ça va être difficile. Je ne pense pas que ce soit idiot ou sans importance. Mais la règle change et on va réfléchir ensemble à la manière de faire. »
Reconnaître la difficulté ne signifie pas renoncer à la limite. Au contraire, c’est souvent ce qui permet de la tenir.
Il faut ensuite comprendre ce que l’adolescent utilise réellement.
- Est-ce Snapchat pour maintenir un groupe d’amis ?
- TikTok deux heures par soir ? Instagram pour suivre quelques comptes ?
- Une messagerie essentiellement utilisée pour organiser les sorties ?
Ce n’est pas la même chose.
L’idée est de « dissocier autant que possible la relation sociale du réseau social ».
Récupérer les numéros importants. Déplacer certaines conversations vers des moyens de communication autorisés. Prévenir les amis. Sauvegarder les photos ou souvenirs auxquels l’adolescent tient.
Et lorsqu’un usage est très installé, mieux vaut souvent organiser la transition que mettre en scène le grand sevrage familial du dimanche soir.
Une limite peut être ferme sans être brutale.(Il le faut d’ailleurs) Il faut également accepter quelque chose de difficile pour les parents : votre adolescent peut être très en colère alors même que vous prenez une bonne décision.
L’éducation comporte cette ingratitude particulière.
Un parent peut poser une limite raisonnable et entendre pendant quarante-huit heures qu’il vient personnellement de détruire toute la vie sociale de son enfant.
En général, on s’en remet en tant que parent… d’ailleurs, il n’est pas nécessaire que l’adolescent trouve l’interdiction formidable.
Il faut pouvoir entendre sa frustration, expliquer la règle et rester cohérent.
En revanche, surveiller ne doit pas devenir espionner.
Vérifier qu’un compte a été supprimé ou qu’une application n’est plus installée ne signifie pas nécessairement lire tous ses messages.
La logique change évidemment lorsqu’il existe un danger précis : harcèlement, prédation, partage d’images sexuelles, menaces ou risque suicidaire. Dans ces situations, la protection prime.
Mais dans la vie quotidienne, le meilleur objectif reste que votre enfant puisse venir vous montrer spontanément quelque chose qui lui fait peur.
Retirer les réseaux, ce n’est pas remplir chaque minute à leur place
Si deux ou trois heures se libèrent dans la journée d’un adolescent, il faut évidemment qu’elles puissent être réinvesties :
– Voir davantage ses amis.
– Les inviter à la maison.
– Faciliter une sortie.
– Autoriser un peu plus d’autonomie.
– Faire du sport.
Mais il faut peut-être aussi réhabiliter quelque chose que nous avons progressivement transformé en anomalie :
Nous dégainons aujourd’hui notre téléphone à la moindre attente. Dix minutes dans un train, cinq minutes avant un rendez-vous, trois minutes dans une file : il faut immédiatement remplir le vide.
Pourtant, l’ennui n’est pas forcément du temps perdu.
C’est aussi l’espace dans lequel on rêvasse, on imagine, on invente, on observe, on cherche quoi faire. Chez l’enfant et l’adolescent, ces moments sans stimulation permanente participent à la construction de l’imaginaire et laissent davantage de place à la créativité.
La créativité a parfois besoin d’un peu de vide. Tout le temps libéré des réseaux sociaux n’a donc pas besoin d’être immédiatement remplacé par une activité éducative, sportive ou « utile ».
Un adolescent a aussi le droit de ne rien faire.
Et peut-être même de réapprendre à ne rien faire sans automatiquement prendre son téléphone.
Une bonne occasion de revoir les règles de toute la famille
Cette interdiction peut aussi être l’occasion de remettre à plat quelques habitudes collectives.
Cela passe généralement mieux d’entendre :
« À partir de maintenant, aucun téléphone ne dort dans les chambres et personne n’en utilise à table et moi non plus d’ailleurs !!. »
que :
« Toi tu arrêtes TikTok, pendant que moi je continue à scroller devant toi. »
La question n’est donc pas de déclarer la guerre aux écrans.
Elle est de réfléchir à leur juste place.
Et de ne pas oublier que les règles auxquelles nous croyons vraiment sont souvent celles que nous sommes capables de nous appliquer à nous-mêmes.
Enfin, remettons la responsabilité au bon endroit
Pendant des années, nous avons demandé aux parents de contrôler leurs enfants. Puis nous avons demandé aux adolescents de « mieux gérer leur temps d’écran ». Pendant ce temps, les plateformes perfectionnaient la manière de retenir leur attention (Perfide !)
Il y avait quelque chose d’un peu étrange dans le partage des responsabilités.
Bien sûr que les parents ont un rôle. Bien sûr qu’il faut apprendre aux adolescents à utiliser le numérique. Mais les entreprises qui conçoivent ces environnements ont également une responsabilité.
Un fil infini n’est pas une catastrophe naturelle. Une notification envoyée à 23 h 47 n’est pas un phénomène météorologique. Un algorithme de recommandation est conçu.
Il peut donc être conçu autrement.
On ne peut pas construire un environnement destiné à retenir l’attention puis reprocher aux enfants de ne pas savoir s’en détacher.
J'allais oublier : Interdire les réseaux sociaux avant 15 ans ne réglera pas la santé mentale des adolescents
Et il serait dangereux de le prétendre. Le mal-être des jeunes est multifactoriel :
Il se joue dans les familles, l’école, la précarité, les violences, le sommeil, les discriminations, l’environnement, la possibilité de se projeter dans l’avenir et la place que notre société leur accorde.
Les réseaux sociaux n’en sont qu’une pièce…
Mais lorsqu’un environnement comporte un risque évitable pour des enfants, notre responsabilité collective est aussi d’essayer de le réduire. Interdire l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans me paraît donc pertinent, à condition de ne pas croire qu’une interdiction suffira.
Il faudra accompagner les adolescents qui utilisent déjà ces plateformes, éduquer au numérique, soutenir les parents, responsabiliser les plateformes, protéger le sommeil et montrer l’exemple.
Mais aussi redonner aux jeunes du temps non occupé, de l’espace mental, de l’autonomie et des lieux où être ensemble.
Rouvrir les rues, les places, les parcs et les quartiers.
Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas seulement :
Elle est aussi :